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Interview de Isabelle Longuet

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Isabelle Longuet, Directrice de la Mission Val de Loire
 

Quel est le rôle de la Mission Val de Loire ?

Lorsque le Val de Loire a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en 2000 par l’UNESCO, la singularité et l’échelle du site,  un paysage culturel sur une longueur de vallée fluviale de 280 km, ont conduit à mettre en place un dispositif de gouvernance original, qui a d’ailleurs inspiré ensuite  d’autres sites du patrimoine mondial comme les Causses et les Cévennes. Ce dispositif a pour vocation d’articuler les actions de l’Etat et celles des collectivités territoriales notamment au sein d’une conférence territoriale.
La Mission Val de Loire, fait partie de ce dispositif. Syndicat mixte interrégional,  elle est portée par les Régions Centre et Pays de la Loire, très impliquées dans la gestion de l’inscription UNESCO qu’elles ont inscrite dans leurs politiques.  Elle est une structure d’ingénierie territoriale, un outil opérationnel d’animation et de coordination entièrement dédié au site UNESCO.
Parallèlement aux services de l’Etat, garants de la pérennité de l’inscription vis-à-vis de l’UNESCO, la MVL, outre la gestion de l’attribution du label de l’UNESCO, a deux missions principales. La première est de contribuer à l’appropriation des valeurs de l’inscription par les habitants du Val de Loire, ce qui nous conduit à concevoir et mettre à disposition des outils de connaissance et de découverte, comme des expositions qui peuvent être empruntées par toute structure ou collectivité. La deuxième est l’accompagnement des décideurs publics et privés, par le conseil et l’expertise, sur la prise en compte des caractéristiques patrimoniales et paysagères qui font la singularité du Val de Loire - UNESCO dans toutes les politiques de gestion et de développement de ce territoire. A ce titre notamment elle a contribué à la préparation et contribue à la mise en œuvre du plan de gestion du site UNESCO sur lequel la quasi-totalité des collectivités a délibéré.
Mais ces missions sont finalement de la responsabilité de tous.  Acteurs économiques et institutionnels, collectivités territoriales, habitants, tous les occupants d’un territoire concourent à son devenir. Nous avons ainsi entrepris de développer des partenariats et constituer des réseaux, la MVL ayant avant tout un rôle de médiateur, de facilitateur, de carrefour des acteurs.

Quels sont les apports des agences sur le Val de Loire dans le cadre du partenariat lancé en 2012 ?

Je pense que la Convention du patrimoine mondial, a évolué depuis 1972, et cela grâce à sa vitalité et à son succès. On n’est plus tant sur la préservation d’un objet patrimonial que sur une approche territoriale qui place le patrimoine dans un système de relations et de réseaux et oblige à la conciliation entre la protection du patrimoine et l'aménagement et le développement de ce territoire. C’est ce constat, fait par Francesco Bandarin, directeur de la culture à l’UNESCO, qui a guidé sa politique et doit guider la nôtre.
Nous vivons sur un territoire fort de plus d’un million d’habitants et qui se développe. La préservation des valeurs paysagères et patrimoniales reconnues par l’UNESCO passe par des protections spécifiques pour les espaces ou éléments les plus emblématiques, mais aussi pour en grande partie par leur prise en compte  dans les projets, d’aménagement, ou de construction, qui articulent développement économique et qualité du cadre de vie.
Et dans ce cadre, les agences d’urbanisme présentes sur le site UNESCO, qui  sont au cœur de l’observation des évolutions urbaines et territoriales et accompagnent les collectivités dans la définition des politiques  et de développement et dans les projets d’aménagement, ont un rôle fondamental à jouer.
Les agences d’urbanisme contribuent à définir une méthode pour intégrer « mémoire et projet », et y encouragent les collectivités dans leur activité de conseil et d’assistance. Elles l’ont fait et continuent à le faire à travers la publication qu’elles ont réalisée en 2012, « L’attitude ligérienne, faire projet(s) en Val de Loire », puis en 2013 par des interventions sur des projets de territoire. Elles introduisent ainsi une démarche dynamique dans la mise en œuvre du plan de gestion du site UNESCO.

Quels sont les projets ou actions prioritaires que la Mission Val de Loire a menés ou va mener en 2014 ?

C’est la mise en œuvre du plan de gestion qui est aujourd’hui à l’ordre du jour des actions de la Mission Val de Loire. Si ce plan contient des orientations précises, comment, avec quels outils le mettre en œuvre ? Fin 2013, des rencontres avec les collectivités locales ont été organisées dans chaque département du site UNESCO afin de recueillir leurs attentes.
En 2014 une des priorités sera de consolider le système de relations avec les acteurs du territoire, au service de l’inscription UNESCO, avec notamment la mise en place d’un réseau de correspondants, dans les collectivités, les associations, les institutions de médiation culturelle, et aussi celle d’un réseau d’ingénierie patrimoniale et paysagère.
Ce sera aussi de produire des outils de méthode pour contribuer à approfondir les diagnostics préalables à l’élaboration de documents d’urbanisme ou de projets d’aménagement ou immobiliers. En effet, si la connaissance de cette « valeur universelle exceptionnelle » reconnue par l’UNESCO a été identifiée à l’échelle de l’ensemble du site, quelle est-elle à l’échelle du pays,  de la commune, du projet? L’objectif est ainsi de développer une méthode de prise en compte, dans le développement du territoire, de cette « V.U.E. » : une connaissance fine du lieu, de son contexte paysager, patrimonial, socio-culturel et de sa profondeur historique. Un travail déjà engagé avec différentes collectivités locales et auquel contribuent les agences d’urbanisme.
A plus long terme, l’objectif est que  le Val de Loire – patrimoine mondial devienne un « laboratoire international du paysage fluvial » appuyé sur le recueil d’expériences, l’expérimentation dans le cadre de concours d’idées ou de chantiers. Là encore, les agences d’urbanisme ont beaucoup à apporter, et l’initiative de l’Agence de la région d’Angers, « Utopies ligériennes » en témoigne.
Notre ambition est ainsi que l’inscription UNESCO concoure à « réactualiser la compétence « d’édifier dans un milieu différencié, contextualisé et articulé à l’échelle humaine » qu’appelait Françoise Choay et qui de nouveau, en cette deuxième décennie du XXIè siècle, semble disparaître. Une manière aussi de constituer une culture commune, porteuse de lien, de sens, d’inventivité.