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Interview d'Alain Faure

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Alain Faure, Chercheur au CNRS PACTE, Université de Grenoble Alpes - France

 

 

Comment avez-vous lu les enjeux de cette soirée "Rendez-vous du Pôle" dans le contexte global de la recomposition territoriale ?

Partout en France, des débats sont engagés pour réfléchir à une meilleure articulation entre les territoires qui composent les grands bassins d’emploi, et souvent, c’est plutôt conflictuel ! Dans la région angevine, j’ai vu que les maires affichaient un « esprit des lieux » en apparence plutôt apaisé, raisonné, presque raisonnable. Mais au fil de la soirée, j’ai compris que c’était plus subtil que ça. En première lecture, les positions sont argumentées dans un mélange particulier de simplicité, de lucidité et d’humour. Les élus n’expriment pas les désaccords frontalement. On s’écoute, on respecte une forme d’harmonie. Pour autant, tout le monde sait les points qui posent problème et les dossiers qui fâchent ne sont pas mis de côté. Simplement, il semble qu’il y ait une façon angevine de dire les choses, une forme élégante de retenue dans les débats et de fierté contenue.

Quelles sont les caractéristiques du Pôle métropolitain Loire Angers et de ses acteurs ?

Si l’on compile les chiffres et les cartes présentés par l’agence d’urbanisme durant cette soirée, on peut dire que le Pôle combine tout ce qui fait un espace dynamique engagé dans un processus complexe de métropolisation. Et le choix du « pôle métropolitain » (plutôt que d’une grande « métropole ») est assumé dans ce contexte de façon assez claire. Le Pôle revendique une mission d’animation-coordination en défendant l’idée que les bassins de vie étudiés par les SCoT constituent la bonne échelle de traitement des problèmes. Et l’élargissement du périmètre, qui est à l’ordre du jour pour Baugeois-Vallée, fait l’objet de discussions qui paraissent assez saines. Chaque territoire a son histoire mais les changements sont possibles, et la période montre que les lignes peuvent bouger parfois rapidement. La simplification intercommunale et les communes qui ont récemment fusionné autour d’Angers en sont un bel exemple.

Quelles pistes pouvez-vous donner pour construire une identité, des valeurs communes au Pôle métropolitain grand format ?

Je me méfie beaucoup des experts qui expliquent aux territoires où ils doivent aller et qui font l’apologie du format XXL pour des raisons de compétitivité ! Le bonheur territorial ne se décrète pas avec des plans d’urbanisme. La seule piste que je me permettrai de suggérer concerne une question de méthode. Pour imaginer l’avenir du Pôle, il ne faut pas sous-estimer les nouvelles mutations périurbaines, il ne faut pas non plus les résumer à des enjeux techniques. L’avenir métropolitain, c’est un défi de société sur des valeurs partagées par tous. Les sujets ne manquent pas : le risque de fracture sociale intra-urbaine, l’inconnu sur les tiers-lieux émergents, les « pépites végétales » de la région insuffisamment mises en valeur… C’est ce que j’appelle l’épreuve des émotions : le Pôle métropolitain Loire Angers se construira dans toute la complexité des mobilités et des inerties qui le composent. Il faut en parler, il faut par exemple entendre les cris du cœur sur la fierté de chaque micro-territoire à « résister » tout en acceptant l’idée que chaque destin est dans l’interdépendance avec les voisins et avec les visiteurs. A ce propos, il y a beaucoup d’atouts et de découvertes à mieux partager entre les territoires, bien au-delà de la sacrosainte « douceur angevine ». De toute la soirée, je n’ai pas vu une seule carte situant le Pôle dans le département, la région, la France ou l’Europe. Et je n’ai pas entendu les élus « raconter » leur position dans cet environnement plus vaste. Un psychanalyste y verrait surement du refoulé et de l’insularité… Le défi est bien là : penser le Pôle métropolitain, c’est aussi faire ensemble le récit sur les espoirs d’une mondialisation heureuse !

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