Interview de Philippe Ménard, maire de Chalonnes-sur-Loire

Philippe Ménard

Dans le cadre du laboratoire ligérien « Habiter l’eau » mené en partenariat avec la Mission Val de Loire et l’agence d’urbanisme de Tours nous vous avons proposé que l’Ecole Nationale d’Architecture de Nantes (Master 2 Villes et territoires et Licence  3) et Agrocampus Ouest travaillent sur Chalonnes-sur-Loire en questionnant le devenir des espaces ligériens, notamment de son île emblématique,  quant à leurs usages agricoles, résidentiels ou de loisirs à travers deux approches : la Loire récréative et la Loire nourricière.
Maintenant que les rendus sont terminés, nous aimerions avoir votre avis sur ces travaux d’étudiants et sur l’intérêt que vous voyez à mobiliser des écoles pour apporter des idées nouvelles et innovantes aux collectivités.


Qu’est ce qui a motivé Chalonnes-sur-Loire à accepter d’être territoire d’investigations pour l’Ecole nationale d’architecture de Nantes (Ensan) et Agrocampus dans le cadre d’« Habiter l’eau » ?

"Les collectivités vont avoir des choix très importants à faire dans leurs politiques d'aménagement ces prochaines années. Des défis majeurs pour la qualité de vie, la biodiversité, les changements climatiques, une économie qui doit s'adapter tout en se développant. Pour un élu, c'est une grande opportunité de voir que sa commune est retenue pour un travail d’étudiants en Architecture et en Sciences du Vivant, des jeunes qui vont avoir à penser le monde de demain. C’est d'autant plus pertinent sur une zone bien particulière : l'île de Chalonnes. Elle est sensible aux caprices de la Loire, sa biodiversité est riche mais fragile, ses habitants sont marqués par ce territoire particulier, les activités humaines doivent s’adapter, « Habiter l’Eau » en toute symbiose."

Comment avez-vous accueilli les propositions de projets des étudiants qui vous ont été présentées ?

"J’ai d’abord constaté que les étudiants avaient parfaitement appréhendé les enjeux de cette étude : enjeux humains, enjeux géographiques. Ils ont une très bonne connaissance du territoire, de ses habitants, de leur histoire. Cela donne du sens aux projets. Ils ont aussi un regard extérieur, un regard expert, un regard neuf. C’est ce que l’on ressent quand on découvre les projets : ils s’adaptent aux hommes, à leur environnement. Ils sont pour certains très novateurs. Capables d’oser ce que les îlais n’auraient sans doute jamais imaginé. Même si ces projets ne semblent pas toujours réalisables dans le temps et dans l’espace, ils permettent une véritable réflexion sur l’aménagement d’une île touristique et nourricière. Le circuit Loire à Vélo a été une porte d’entrée du sujet : avec ces projets, on pourra dire qu’on ne traverse plus l’île en une heure sans avoir pu apprécier les terres traversées mais qu’on y reste plusieurs jours pour découvrir leurs richesses. Ces projets ont aussi été inscrits dans la durée. Pour certains, c’est une invitation à la contemplation : c’est l’île toute entière qui en est le symbole."

Ces réflexions vont-elles vous aider pour impulser une nouvelle dynamique de valorisation de l’île ?

"Bien sûr. C’est une mine de réflexions pour des projets d’aménagement, de développement d’activités, de mise en valeur des richesses. Ce sont aussi des projets qui tiennent compte des grands défis qui s’imposent à nous, et qui donc ont une pertinence au long court. C’est un peu le monde de demain qui s’écrit au travers de ces projets. Un monde qui doit retrouver son passé, ses paysages et ses activités pour certains disparus, qu’il serait pertinent de remettre au goût du jour. Toute la réflexion sur le maraîchage, ses modes d’exploitation et de développement, ses filières économiques à redévelopper montre qu’en s’appuyant sur le passé, et en y associant des créations très novatrices, on peut proposer des modes de vie parfaitement adaptés à l’environnement. On peut constater également la grande richesse intellectuelle des étudiants : ils viennent d’horizons très différents, ils ont des approches originales mais complémentaires. La démarche scientifique est aussi perceptible, cela permet d’éviter des errements parfois dommageables pour un territoire fragile comme l’Ile de Chalonnes. On ne doit plus jouer avec la nature, on doit la préserver et accompagner son développement, mettre en valeur ses richesses et ses atouts pour que la vie y soit épanouie et riche."